Nawel Lafioune, Responsable du département R&D chez C-INNOV, doctorante en génie de la construction, architecte en Algérie et possède une Maîtrise en gestion des infrastructures urbaines à l’École de Technologie Supérieure (ÉTS).
Lors de son intervention à MTL CONNECTE, le mois de mai dernier, Mme Lafioune revient sur le concept de la Ville intelligente et les éléments clés pour en bâtir.

MTL Connecte : On parle beaucoup de ville numérique, de ville intelligente or, déjà il y a là des distinctions à faire dans ces deux concepts, où est-on au Québec dans le développement de la ville intelligente ?

Nawal Lafioune : Votre question contient plusieurs éléments à discuter. Je commence par la définition des deux concepts.

Les gens ne divergent pas seulement dans leur manière de nommer la ville intelligente (p. ex. cyberville, ville numérique, ville verte, etc.), mais diffèrent aussi dans leur manière de la conceptualiser selon le contexte. Aussi, il y a une confusion entre ville numérique et intelligente et il existe des différences et similitudes.

Le cœur de la ville intelligente est la stratégie de développement durable et l’utilisation de ses propres ressources naturelles pour améliorer la qualité de vie des citoyens d’aujourd’hui et de demain.

La ville numérique est une tendance libre émergente suite à la fourniture des services numériques par le gouvernement alors que la ville intelligente est une tendance politique pour améliorer la qualité de l’environnement dans la ville. En d’autres termes, elles sont différentes à la fois dans leurs objectifs, stratégies et projets à mettre en œuvre.

Malgré les différences, le concept de ville intelligente chevauche souvent celui de ville numérique. Ce chevauchement tient au fait que les deux villes utilisent la technologie, spécifiquement les TIC, pour améliorer le développement économique de la ville.

MTL C. : Où est-on au Québec dans le développement de la ville intelligente ?

N. L. : Il existe une bonne volonté et quelques initiatives mises en place. Par exemple,  le concours Défi des villes intelligentes et en regardant plus haut La Stratégie numérique du Québec.

Mais à mon avis tout ça reste détaché de la réalité terrain. On parle de stratégies, de plan d’action c’est une approche descente  alors que la réalité terrain le besoin des professionnels est en décalage. Prenant l’exemple de Singapour qui a été pensée comme une Smart City, et plus encore comme une Smart Nation. Le gouvernement et les régulateurs savent agir vite et sont également loin des lenteurs administratives c’est le secret de Singapour comme confirme plusieurs études.

Le développement de la ville intelligente nécessite une approche qui est descendante et ascendante à la fois.

MTL C. : A-t-on des données suffisantes pour aller en ce sens et valorise-t-on suffisamment les données actuelles ?

N. L. : Aujourd’hui, plusieurs outils permettent une collecte rapide et de qualité de données comme les drones et le balayage laser. Je ne pense pas qu’il est question de suffisance de données, le problème est qu’on n’est pas conscient de l’importance des données, on est pas conscient de l’importance d’être propriétaire des données et que celui qui détient les données possède le pouvoir. On n’est pas conscient qu’on possède déjà une fortune de données déjà collectées. Qu’elles soient stockées sous forme de papier ou des tableaux Excel centralisés comme Big Data ou sur le cloud. Ensuite cette donnée est brutes elle doit être géré et traiter pour nous informer.

Et selon nos objectifs et besoins on selecte la donnée pertinente a traité au moyen de différents outils technologique  et on aura l’information et les indicateurs qui sont la base de gestion pour une ville intelligente.

MTL C. : Quels rôles sont appelés à jouer des concepts comme l’Internet des objets, les systèmes de positionnement géographique (GIS) dans la ville intelligente?

N. L. : L’Internet des objets nous fournit des données grâce aux capteurs sans fil. Ces dispositifs sont capables de détecter des données environnementales, comme la température, le bruit, la pression atmosphérique, ou autres et de les transmettre en temps réel. Les administrations municipales gagnent du temps et économise de l’argent grâce a ça. Par exemple, les capteurs installés dans le sol détectent les fuites dans le réseau d’aqueduc et commande des travaux de réparation.

En ce qui concerne le système d’information géographique GIS : Il y a actuellement un fort besoin concernant la collecte géolocalisée de données sur le terrain. La carto­gra­phie de nos jours, digi­tale et dyna­mique, permet d’ap­por­ter une vision globale du terri­toire pour complé­ter et croi­ser des visions des métiers silo­tées. L’am­bi­tion de la carto­gra­phie pour une ville intelligente est de donner une « hyper­vi­sion » aux usages des différents métiers.

MTL C. : Quelles sont les ressources pour les villes et les entreprises qui veulent emboîter le pas et prendre le virage numérique/intelligent? Comment débute le projet ? Y a-t-il des organismes qui peuvent aider une municipalité?

N. L. : En premier, la réussite d’une ville intelligente découle d’une volonté politique forte. Ensuite, apprendre de l’expérience des villes pionnières et favorisant les ressources locales : Les collectivités et les acteurs économiques locaux. Aussi, n’oubliant pas qu’IBM la firme privée, était à l’origine de la création du concept de la ville intelligente donc le secteur privé : les entreprises innovantes et les startups du Québec ont un grand rôle à jouer.